Chez moi … c’est l’Europe

Chez moi … c’est l’Europe – Jean Bruschini

Parfois considérée un continent à part entière, la vieille Europe comprend de nombreux pays où l’on parle une multiplicité de langues différentes. Nations forgées par un héritage commun, ont chacune une histoire millénaire. Avec ses 28 drapeaux et ses 507,4 millions d’habitants, c’est une vaste communauté de peuples qui constituent l’Union Européenne, où l’anglais est la langue la plus parlée. Dans ce méli-mélo d’idiomes, dialectes et patois, où 20 langues sont  officielles , parmi les 200 parlées couramment, nous nous débrouillons quand même assez bien, mais communiquer ce n’est pas si évident.

Le Parlement Européen dépense quant à lui la somme annuelle de 90 millions d’euros pour la communication « institutionnelle» et quand elle adopte des projets de lois elle doit les transmettre à tous les Etats membres, mais à chaque fois il faut bien plusieurs années avant qu’ils s’appliquent à l’échelon national. Bien entendu, la barrière de la langue est souvent un défaut chez nous, car une personne sur deux ne parle que sa langue natale. Pendant que vous vous interrogés à propos des méthodes d’apprentissage des langues étrangères chez nous, sans aucun doute inadaptées, sachez que l’UE souffre d’abord d’un manque d’idée politique. A ce propos, le journaliste Yannick Laude a commenté :

La Commission européenne est très forte pour publier des brochures et des communiqués de presse. Elle communique relativement bien sur des choses concrètes comme des cas de concurrence. Mais lorsqu’il s’agit de parler des vrais problèmes, il n’y a plus personne. Cette absence d’idée renationalise le débat et nuit à l’image du projet européen.

Individuellement, nous pouvons tous contribuer à rendre plus uni ce continent, se sentir européen c’est le premier pas, mais hélas, la plupart des européens ne se sentent pas tels, même si l’euro les a en partie rapprochés. Il se trouve que les eurocrates (et les technocrates) qui dirigent cette grande machine (uniquement) monétaire qu’est l’Europe, sont très nombreux : depuis les élections européennes de mai 2014, le Parlement européen est composé de 751 eurodéputés (beaucoup trop, je sais) répartis entre les 28 Etats membres en fonction du nombre d’habitants. C’est un système institutionnel assez bizarre, où il n’y a pas de président unique, ni de premier ministre attitré, ni de gouvernement supranational : pour avoir un avenir, l’Union Européenne, doit se doter d’une réelle Constitution.

En qualité d’écrivain et éditeur, mais surtout comme citoyen, je songe à une Europe multiethnique, où les hommes puissent coexister et garder propre identité nationaliste d’une façon plus étendue. Par contre, pour que ce soit une Union réelle, il faut qu’il existe un Gouvernement réel.

Si nos 751 eurodéputés ne savent pas communiquer entre eux, ça veut dire tout simplement qu’ils ne s’efforces pas de se connaitre. Ils le font uniquement par papier et ordinateur. Faire partie d’une « Union », thermes qu’en mathématique désigne  une famille d’ensembles, suppose des investissements concrets.

Ne pas se limiter donc à une connaissance « relative » des autres habitants de l’Europe, mais aller à leur rencontre, les voir de tout près, car assimiler les autres cultures a toujours apporté la croissance.

Il ne s’agit pas de partir  à  la recherche de nouveaux modèles, nous devons par contre briser les frontières d’une Union appuyé anthropologiquement sur le binarisme de l’honneur et de la honte, autrement, cette approche ne permettra pas de s’affranchir de la reproduction de vieux modèles, ceux qui ont causé tant de divisions : il y a seulement 70 ans, nous étions tous en guerre.

C’est par la rencontre, le dialogue que les cultures forgent une part déterminante de leur raison d’être. L’échange culturel détermine l’épanouissement de tout individu, c’est pour cela donc que l’Europe doit permettre à ses habitants de se déplacer sans dépenser la peau des fesses.

Voyager entre un état et l’autre coûte cher, trop cher. Tant pour faire un exemple, Il y a quelques jours j’ai rencontré une famille belge en vacances à Rome : pour venir en caravane et retourner en Belgique il leur a fallu  800 euro de frais en essence et autoroute. Je n’appellerai pas ça « libre » circulation.

La libre circulation des personnes est un principe fondamental de l’Union européenne. Selon ce principe, dit « Espace Schengen », tout citoyen européen peut, depuis l’abolissement des frontières entre les 28 états membres, se déplacer librement dans l’espace européen pour voyager, étudier, travailler et même résider. Mais ce n’est pas du tout évident. A Venise, par exemple, destination touristique par excellence, le prix des toilettes publiques atteint 1,5 euro, un prix prohibitif qui obligerait presque les touristes à envisager un budget « pipi » pendant leur séjour à Venise. L’argent n’a pas d’odeur « Aes non olet  » –– aurait répondu l’empereur romain Vespasien (69 – 79) à ceux qui contestaient sa taxe instituée sur l’urine collectée par les foulons pour le traitement de la laine.

Pour ce qu’il concerne la reconnaissance académique (rendre un diplôme équivalent dans un autre Etat membre) il y a encore du travail à faire, puisqu’il n’existe pas de dispositions européennes imposant cette reconnaissance, seuls les Etats membres sont responsables du contenu et de la structure de leur système éducatif. Pour faire reconnaître son niveau d’études, il faut contacter les autorités du pays d’accueil. Encore trop compliqué. Pour encourager la « libre » circulation des gens, il faut que l’Europe se charge de (re)connaitre les plusieurs systèmes éducatifs.

La communication n’a jamais eu les instruments dont nous disposons dans notre ère, où chaque individu peut interagir et diffuser la vrai information par Internet, regarder les 11000 chaines de télévision par satellite ou écouter les radios en streaming : un immense réservoir d’informations qui pourrait rapprocher les cultures. La richesse de la diversité auberge au sein d’une société multipolaire, décentrée, entre histoires, langues, écritures, contes et légendes.

Comme l’explique le sociologue et philosophe français Edgar Morin, «Les humains doivent se reconnaître dans leur humanité commune, en même temps que reconnaître leur diversité tant individuelle que culturelle. » L’unité et la diversité humaine doivent être liées : en parlant d’unité il ne faut pas oublier ce qui nous différencie et en parlant de diversité ce qui nous lie.

La mise en œuvre d’un programme commun d’enrichissement mutuel permettrait à chaque personne d’entrer en relation intelligente avec tout autre humain, par une connaissance réciproque plus respectueuse.

Au même titre que la biodiversité est nécessaire à l’équilibre de la nature, la diversité culturelle est nécessaire au genre humain.

Les civilisations sont mortelles… Une langue, une culture, une civilisation qui disparait c’est la disparition des valeurs qui lui sont associées et ce pour toujours. Les cultures sont le patrimoine de l’humanité, il faut les préserver au même titre que l’environnement ou l’architecture.

 Jean Bruschini – Rome

Lascia un commento

Il tuo indirizzo email non sarà pubblicato. I campi obbligatori sono contrassegnati *

*